doucument

Chronologie[modifier | modifier le code]

Le premier numéro est daté d'avril 1929. Documents porte en sous-titre les mentions « doctrines, archéologie, beaux-arts, ethnographie » et se présente comme un «magazine illustré paraissant dix fois par an».
Comme souvent dans la vie des revues, ses dirigeants n'atteindront pas leur programme de publication et Documents ne connaîtra que quinze numéros. La revue cesse son existence en avril-mai 1931 et ne semble avoir reçu qu'un faible écho public.

Projet initial[modifier | modifier le code]

L'idée de la revue est née de la rencontre entre Georges Bataille et Pierre d'Espezel au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France, où ils travaillaient alors tous deux. Georges Bataille était alors reconnu comme un numismate prometteur et Pierre d'Espezel dirigeait plusieurs revues à caractère spécialisé. Il connaissait à ce titre Georges Wildenstein, un marchand de tableaux anciens, qui financera Documents.
Pour les trois créateurs de la revue son titre avait valeur programmatique. Il avait été proposé par Georges Bataille lui-même mais d'emblée Bataille le détourna dans un sens que n'avaient pas prévu les deux autres initiateurs du projet. Dans son introduction à la réédition de Documents Denis Hollier donne un écho des divergences qui séparaient les trois fondateurs. Pierre d'Espezel écrit à Bataille : « Le titre que vous avez choisi pour cette revue n'est guère justifié qu'en ce sens qu'il nous donne des "Documents" sur votre état d'esprit. C'est beaucoup, mais ce n'est pas assez. Il faut vraiment revenir à l'esprit qui nous a inspirés le premier projet de cette revue, quand nous en avons parlé à M. Wildenstein, vous et moi. » Bataille n'en tiendra aucun compte.
Cette notion de « document » que Bataille tenait sans doute de sa formation à l'École des chartes lui a permis de donner à la revue un ton nouveau ; tous les éléments apportés contribuent à la réflexion et aux rapprochements inattendus : des photographies parfois saisissantes, des pages de carnets de croquis (Ingres, Delacroix, Seurat), des reproductions de tableaux de l'époque (Picasso, Matisse, Gaston-Louis Roux, etc.) et surtout beaucoup de témoignages et de photographies de type ethnographique.

Thèmes de la revue[modifier | modifier le code]

Alors que les deux autres initiateurs de Documents visaient sans doute à créer une revue spécialisée et plutôt conventionnelle, Bataille en fait un instrument au service des préoccupations qu'il continuera à développer tout au long de sa vie.
L'une des originalités de cette revue est de mêler l'ethnographie et les créations de l'avant-garde afin de créer un dialogue inédit entre artistes et universitaires.

La « matière basse »[modifier | modifier le code]

Dans le n° 6 de décembre 1929 Bataille écrit un article intitulé « Le gros orteil ». Il rappelle que l'homme se distingue du singe arboricole par les caractéristiques de son pied dont le gros orteil « s'applique au sol sur le même plan que les autres doigts ». C'est grâce à cette assise ferme qu'il bénéficie de « cette érection dont l'homme est si fier ». Et pourtant, l'homme méprise son pied : « l'homme qui a la tête légère, c’est-à-dire élevée vers le ciel et les choses du ciel, le regarde comme un crachat sous prétexte qu'il a ce pied dans la boue .»
Suit un développement sur le pied humain « soumis à des supplices grotesques qui le rendent difforme et rachitique ». L'article est accompagné de trois photographies de Jacques-André Boiffard : trois gros plans de gros orteils déformés, en pleine page chacun.
On retrouve ici la thématique de la matière basse qui caractérise l'homme alors que celui-ci se voudrait « la tête légère », thématique qui est une constante de l'œuvre de Georges Bataille car, selon lui, il y a une « discordance » entre les aspirations humaines et cette matière basse ou honteuse dont il est composé.

L'anti-idéalisme[modifier | modifier le code]

L'anti-idéalisme de Bataille se traduit d'abord dans les orientations de la revue. L'ethnographie y tient un place majeure mais une ethnographie qui se veut au plus près de la réalité et du matériau, une ethnographie anti-esthétique.
Cette orientation est exprimée de multiples façons :
  • C'est Carl Einstein qui rend compte de la grande exposition d'art Africain et Océanien de l'époque à la galerie Pigalle et qui déclare dès la deuxième phrase de son article : « il faut traiter cet art historiquement, et non plus seulement le considérer sous le seul point de vue du goût et de l'esthétique. » (n° 2, 1930).
  • C'est Marcel Griaule qui écrit : « les archéologues et les esthètes s'intéressent au contenant, et pas au contenu. (…) On admire la forme d'une anse, mais on se gardera bien d'étudier la position de l'homme qui boit, et de se demander pourquoi, chez de nombreux peuples, il est honteux de boire debout. » Ici « les archéologues et les esthètes » s'opposent aux ethnographes, orientation que représente l'auteur. Les ethnographes cherchent à connaître la « valeur d'usage des objets », pas à les ériger en œuvre d'art.
Cette orientation traduit une volonté de comprendre l'autre et non pas de le figer dans une altérité esthétisante. Notons au passage que Georges Henri Rivière qui joue un rôle primordial à côté de Bataille dans l'animation de la revue était alors chargé du réaménagement du musée d'ethnographie du Trocadéro et qu'il considère comme un « contresens » d'en faire un lieu où « les objets se répartiraient sous l'égide de la seule esthétique. » (n° 1, 1929)

Le matériel[modifier | modifier le code]

Le matériel est très présent, dans tous les numéros : ce sont des photographies d'objets ethnographiques, un fragment de manuscrit de Duke Ellington, les pages de croquis de Eugène Delacroix, d'Ingres, de Seurat, ce sont les reproductions de tableaux de Pablo Picasso, Fernand Léger, André Masson, Juan Gris etc. qui semblent sortir de leurs ateliers et qui sont présentés comme des témoignages d'une œuvre en train de se faire.
Le matériel ce sont aussi les photographies qui ne sont jamais anecdotiques mais plutôt cliniques voire provocantes comme celles des gros orteils évoqués ci-dessus ou comme ces photos dans le numéro 4 de 1929 qui illustrent l'article « Figure humaine » rédigé par Bataille qui tient des propos d'une violence terrible sur l'apparence « hideuse » de ceux qui nous ont précédés. Cet article suit immédiatement, en contrepoint, une série de photographies sur des « sculptures archaïques des Cyclades » qui présentent des figures humaines stylisées d'une saisissante beauté.

Le premier laboratoire collectif de Bataille[modifier | modifier le code]

Les quinze numéros de Documents fourmillent de thèmes qui irriguent également l'œuvre de Georges Bataille. Lire Documents est donc une excellente introduction à l'œuvre de Bataille car, pour lui, l'image, le document, les rapprochements inattendus entre documents, entre les idées font partie de sa méthode d'écriture ; de même, la revue montre que la figure de Georges Bataille qui semble solitaire et isolée est inexacte: Bataille aimait travailler avec d'autres et il continuera dans cette direction avec l'aventure éditoriale et mystique de Acéphale où la dimension de la « communauté » était revendiquée explicitement.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Documents, réédition intégrale de la revue en fac-similé, avec une préface de Denis Hollier, « La valeur d'usage de l'impossible », deux tomes, Paris, éd. Jean-Michel Place, 1991.
  • Georges Didi-Huberman, La ressemblance informe ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille, Paris, Macula, 1995.
  • Michel Leiris, « De Bataille l'impossible à l'impossible Documents », Critique, « Hommage à Georges Bataille », n° 195-196, août-septembre 1963, p. 685-693.
  • Alexandra Makowiak, « D'un ton grand seigneur adopté naguère en littérature », dans « Georges Bataille », Les Temps Modernes, no 602, Paris, Gallimard, décembre 1998 - janvier-février 1999.
  • Alexandre Mare, « “Documents”, sans doute », Revue des deux Mondes, « Dans l'œil de Georges Bataille », mai 2012, p. 140-144.
  • Catherine Maubon, « “Documents” : la part de l'ethnographie », dans « Georges Bataille », Les Temps Modernes, no 602, Paris, Gallimard, décembre 1998 - janvier-février 1999.
  • Didier Ottinger, « Isolateur et court-circuit : “Documents” ou L'apprentissage surréaliste de la dialectique », dans « Georges Bataille », Les Temps Modernes, no 602, Paris, Gallimard, décembre 1998 - janvier-février 1999.
  • Michel Surya, Georges Bataille, la mort à l'œuvre, Paris, éditions Séguier, 1987 ; nouvelle éd. augmentée et mise à jour, Paris, Gallimard, 1992 ; réédition Gallimard, coll. « Tel », 2012 (en particulier le chapitre intitulé « Le coup de pied de l'âne », p. 140-150).
  • Vincent Teixeira, Georges Bataille, la part de l'art : la peinture du non-savoir, Paris, L'Harmattan, coll. « L'Ouverture philosophique », 1997 (en particulier le chapitre I « Désublimation de l'art : “Documents” », p. 15-74).
Documents (sur Gallica)
 [archive]                                                                                                                                                                        

Document numérique

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Interface ligne de commande (Deluge (logiciel)).
Un document numérique est une forme de représentation de l'information consultable à l'écran d'un appareil électronique. L’affichage de ce type de document peut être apparenté soit au « document » même, ou soit à l’interface logicielle. Suivant l'intervention d'applications informatiques dans une partie de son contenu (bases de données, POO), les changements dans l'organisation logique de ses données peuvent être apportés. À l'inverse du document sur papier, qu'il soit manuscrit ou imprimé, le document numérique permet de séparer la présentation (les techniques de mise en page) de l'information (composition de texte, données). Des multimédias (image fixe ou animée, vidéo, son) peuvent être insérés à l’intérieur du document numérique. Sa technique de production et de communication se résume en quatre grandes familles de logiciels: les outils de traitement de texte, les tableurs, les logiciels de courriel, les logiciels de gestion documentaire.


Historique[modifier | modifier le code]

Tablet Rimush Louvre AO5476.
Deux parallèles historiques semblent être possibles. D'une part, La présentation du document numérique à l’écran évoque souvent chez certains chercheurs une association aux tablettes sumériennes en argile (3400-3200 av. J.-C.). La manière de faire défiler le texte est semblable à la lecture d’un manuscrit enroulé. Naturellement, comme tout dispositif socio-technique, le document numérique s’inscrit dans la perspective d'un mode de communication rattaché à son support. D'autre part, la partie invisible du document, c’est-à-dire le codage de l’information, renvoie à l’étymologie du mot « numérique ». Apparu en 1616, il provient du latin numerus « qui a rapport aux nombres, qui appartient aux nombres » (Sermons du P. Coton dans R. Philol. fr., t. 44, p. 76-77)[1]. Évidemment, à cette époque, on n'envisageait pas encore le codage de l'information et les langages de description et d'encodage n'étaient pas non plus inventés.
Le document numérique commence à émerger avec le traitement de texte et, plus précisément, dans le domaine de la bureautique. Avant qu’il ne soit purement informatique, il a été mécanographique ou microphotographique. Bien des projets consistaient d’abord à automatiser le processus d’enregistrement de l’information visuelle ou sonore de façon analogue et, plus tard, les chercheurs voudront établir des relations entre cette automatisation et les idées produites par la matière grise.
Phonautograph 1859.
C’est le 9 avril 1860, soit 17 ans avant le phonogramme d'Edison et 28 ans avant le premier enregistrement connu, celui d'un oratorio de Haendel sur un rouleau de cire[2], qu’un Français, Édouard-Léon Scott de Martinville, décide de mettre en œuvre l'ambitieux projet de noter visuellement le son de la chanson Au clair de la Lune. Effectué à l’aide d’un appareil phonautographe qui contenait une bande de papier recouverte de noir de fumée, fixée sur un cylindre en rotation lente[3]. Au XXe siècle, d’autres projets d’automatisation de l’information ont été entrepris par Paul Otlet (1934) et Vannevar Bush (1945), mais n’ont jamais vu le jour.
En 1963,Theodor Nelson[4] invente le terme Hypertext, synonyme d’hypermédia. Par le biais du réseau électronique, le contenu du document numérique, textuel ou non, pourra être désormais affiché à l’écran. Des travaux de Douglas Engelbart sur l’interactivité, les interfaces au SRI (Stanford Research Institute) contribuent au développement des Systèmes hypertextuels. Dans les années 1970-1980, l’arrivée de la microinformatique facilite dans les bureaux le traitement de texte. Le principe d’affichage du document à l’écran ainsi que son obtention telle que vue directement sur l'ordinateur lors de l’Impression est nommé wysiwyg. Dès les années 1980, le document structuré voit le jour. Il se dote de nouvelles caractéristiques : l’interactivité, l’insertion de nouveaux modes de communication dans les documents (images, sons, etc.) ainsi que l’emploi de balises. En 1984, le logiciel conçu pour Macintosh Hypercard démocratise le concept d’hypertexte. L’arrivée du Web (1989, Tim Berners-Lee, Genève) marquera pour le document numérique une ère nouvelle de plus en plus interactive et hybride, propre à décrire son contenu (titres, paragraphes, disposition des images) et à y inclure des hyperliens grâce aux langages HTML et XHTML. Actuellement, les documents en réseau se produisent avec un langage dynamique et sont reliés à une base de données dont le contenu peut varier.

Concept[modifier | modifier le code]

Le document numérique incite à réfléchir sur le concept du document à proprement parler. C’est un objet, du point de vue rhétorique, aux caractéristiques mouvantes. En quelque sorte, les dispositifs techniques ont effacé le côté rhétorique en insistant davantage sur le côté technique de l’usage. Les outils d’interaction permettent alors de consulter les documents numériques (les premiers sites d’Internet, notamment) sur tout type de plate-forme avec n’importe quel navigateur. Jean-Michel Salaün insiste sur la triple dimension de la structure de ce type de document « à partir des caractéristiques matérielles, intellectuelles et mémorielles négociées »[5]. En effet, si le document sur un support papier est, en quelque sorte, la gravure de notre pensée et, par conséquent, de notre passé, il va de soi que le document numérique que l'on peut modifier à n'importe quel moment serait plutôt le reflet d'une constante évolution de la réflexion. Les traces ou les données qui s'enregistrent derrière une information d'un dispositif technique créent des liens entre la rédaction dans le passé et la rédaction dans le présent en nous orientant vers le futur.
Au passage, notons les différentes versions du terme document numérique et des métaphores qui l'entourent. Par exemple, Jean-Michel Salaün, professeur à l’École Normale Supérieure de Lyon, dans son ouvrage Vu Lu Su. Les architectes de l'information face à l'oligopole du Web définit ce type de document comme un « néodocument ». Dans le même temps, remarquons que Dominique Cotte, dans son article Le concept de "document numérique", considère qu'un « objet numérique est un objet qui ne dit pas son nom »[6]. Il poursuit en disant qu' « il serait plus juste de parler d'objet informatique ou plus exactement d'électronique, car il relève d'une technologie qui repose sur une organisation binaire : le passage ou non du courant électrique »[6].
Selon le contexte, il existe également plusieurs adjectifs antonymes de numérique : document imprimé, document manuscrit, document matériel ou matérialisé. L'emploi du substantif papier comme adjectif est réprouvé par les autorités linguistiques francophones (Académie française, Office québecois de la langue française, notamment). « Dire ou écrire "un document papier", "un dossier papier" relève d'une connaissance défaillante de la langue française et d'une façon de s'exprimer tout à fait infantile »[7]. En cas de doute sur l'antonyme précis de l'adjectif numérique, il convient de former correctement le complément de nom : un document numérique s'oppose à un document sur papier. On peut aussi se souvenir de l'existence des mots manuscrit et imprimé, et les employer aussi bien comme adjectifs (« le document imprimé et le document numérique ») que comme substantifs (« remettez-moi l'imprimé et le manuscrit »). En ingénierie et en architecture, on ne doit pas parler de plans papier ni même de plans sur papier mais de tirages de plans.

Les principales différences avec le document sur papier[modifier | modifier le code]

Au début de son évolution, le document numérique était une adaptation du document imprimé. Il était tout de même évident que le document numérique exigeait une procédure plus détaillée du découpage de l’information pour la structuration et la mise en relief de l’information sur l’écran. Dans cette optique, le lecteur se place au centre de la conception des documents numériques; l'introduction de la dimension humaine contribuera au processus cognitif de stockage et de traitement de l’information, permettant du coup de faire progresser la maintenance du système. L’usage du document numérique s’inscrit dans un contexte différent de celui des spécialistes; il peut également servir d'outil pour l'apprentissage ou le divertissement. À l’ère du Web 2.0 l’existence du document sur papier peut ainsi être remis en question: les différences avec son homologue sont explicites et peuvent être analysées selon quatre points de vue l'immatérialité, le traitement cognitif, la perception physiologique, l'usage.

L'immatérialité[modifier | modifier le code]

Le premier aspect matériel concerne la nature du support du document numérique, à savoir son immatérialité. Affiché sur l’écran, présenté par l’intermédiaire d’un dispositif technique, il s'agit d'un document immatériel virtuel et indépendant du dispositif matériel d’affichage. L’affichage du document peut toutefois être considéré comme matériel lorsqu’il est sauvegardé sur un support de stockage. Or, sur les supports d’enregistrement, les signes qui imposent le formatage ne sont pas directement visibles ni lisibles (code binaire : 0 ou 1) et leur existence est donc virtuelle si le dispositif de décodage est absent. Sous forme numérique, l'information offre divers avantages pour une multiplication des traitements et des transmissions de données en réseau de façon immédiate.

Le traitement cognitif[modifier | modifier le code]

Afin de mieux représenter la structure du document, ce dernier est soumis à un traitement cognitif qui consiste à indiquer son volume, à localiser l’endroit où se trouve le lecteur et à assurer la bonne navigation à l’intérieur du document. Le processus de production du document numérique est contraint à divers aspects techniques, matériels ou logiciels, d’où la nécessité pour le concepteur de connaître un langage (auteur pour les cédéroms, HTML pour les sites Web). Les commanditaires, à leur tour, utilisent des assistants pour créer des documents numériques formatés en fonction de styles graphiques proposés. Par conséquent, il s’avère indispensable de maîtriser techniquement un outil d’écriture ou de lecture.

La perception physiologique[modifier | modifier le code]

La perception physiologique dépend de la lisibilité et la visibilité de l’information ainsi que du confort postural. Certaines polices sont plus faciles à lire que d’autres. L’ouverture du document numérique ne demande aucun effort physique, ni de la part de la machine, ni de l’utilisateur. Par contre, les questions d’éclairage, de scintillement, de l’instabilité de l’image, de la bonne qualité d’affichage peuvent poser quelques éventuels problèmes au lecteur. Pour être optimal

L'usage[modifier | modifier le code]

De nouveaux dispositifs numériques imposent de nouvelles pratiques des usages. Ainsi, les gestes du lecteur confronté au contact matériel direct avec le document sur papier ou à l’immatérialité du document numérique sont différents. Les producteurs du document numérique sont, plus généralement, des spécialistes (graphistes, responsables du contenu, programmateurs). La manière de lire des informations sur les deux supports est également différente. À cause des fonctions séquentielles propres à l’écran, c’est une lecture de découpage ou de montage qui correspond davantage à l’information incluse dans le document numérique. Qui plus est, la possibilité du transfert des documents via les réseaux rend immédiate leur consultation dans différents lieux, si bien qu'ils deviennent modifiables à distance.

Supports de diffusion[modifier | modifier le code]

L'enregistrement digital de l'information facilite le développement de la numérisation et la multiplication des documents numériques. Les supports de haute densité capables d'enregistrer des données binaires exigent de plus en plus de perfectionnement.

Les disques optiques[modifier | modifier le code]

À la suite de l'apparition du compact disc audio, l'accès à l'information est devenu plus direct qu'à l'époque des bandes magnétiques. La duplication du CD-ROM et du DVD est également plus simple, ce qui a favorisé leur grande diffusion. Or, beaucoup de supports optiques ont déjà disparu, tels le vidéodisque, le CDX-A, le CD-I (compact disc interactif), le CD-ROM X3 (Data Discman de Sony). L'évolution de ce type de supports a été souvent confrontée aux questions de compatibilité et de pérennité dans les systèmes d'informations. Les premiers CD-ROM ont maintenant quinze ans et sont en bon état de conservation, mais leur développement s'est fait sous MS-DOS[8]. Autres types de disques : Le Century Disc, Le Blu-ray Disc, le HVD (holographic versatile disc), le FVD (forward versatile disc), l'EVD (enhanced versatile disc). Leurs principales différences concernent la capacité de stockage.

Le livre électronique[modifier | modifier le code]

Les livres numériques ou E-book peuvent avoir deux formes d'affichage: sur les liseuses, smartphones ou tablettes tactiles et sur les sites Web. Depuis 20 ans, le livre électronique ne cesse d'évoluer : du mini-CD, fabriqué par le Data Discman de Sony en 1992, en passant par le Sigma Book de Matsushita (2004) et jusqu'à l'application iBooks conçue et développée par Apple pour la tablette tactile iPad (2010), dont le design graphique est semblable à celui de la vraie bibliothèque.
Ces supports posent de nombreuses questions qui nous renvoient aux domaines d'identification, de conservation, de congruence économique et éditoriale. Selon Brigitte Juanals, Maître de Conférence HDR en SIC qui a soutenu une thèse intitulée Mutations de l'accès à l'information, du livre aux dispositifs hypermédias en réseau sur l'internet, « l'empreinte de la technique a profondément évolué dans le passage du livre imprimé aux dispositifs informatisés. Sur des supports induisant des cultures techniques différentes (la culture du livre et la culture informatique), ce sont les modes de pensée qui changent »[9].

Wikis et blogs[modifier | modifier le code]

Les outils d'écriture collective, dont les plus connus sont l'encyclopédie ouverte Wikipedia et les carnets de notes collectifs ou personnels nommés blogs, illustrent le principe de la publication libre et accessible des documents numériques au plus grand nombre. Les documents numériques sur ces supports viennent poser la question de plus en plus ambiguë de « ce qu'est l'édition », car il n'est jamais clair s'il s'agit d'édition, d'auto-édition, de simple publication, etc. Le statut éditorial de ces ouvrages est de la sorte souvent moins clair et défini que pour le livre électronique, qui passe souvent soit par une maison d'édition, soit par des plateformes d'auto-édition (ce qui contribue à en clarifier le statut).

Les problèmes de compatibilité de formats[modifier | modifier le code]

L'utilisation de documents électroniques à la place des documents sur papier a posé la question de multiples incompatibilités de formats de fichiers. Même les fichiers plein texte ne sont pas exempts de ce problème. Par exemple, sous MS-DOS, la plupart des programmes ne pouvaient pas marcher correctement avec le style UNIX de fichiers texte (voir newline), et pour les utilisateurs ne parlant pas anglais, les différents codes pages ont toujours été source de problèmes.
D’autres difficultés sont liées aux formats de fichiers complexes de différents traitements de texte, tableurs et éditeurs graphiques. Pour les contourner, beaucoup de sociétés de logiciels distribuent des visualiseurs libres pour leurs formats de fichiers propriétaires (par exemple Adobe Reader pour lire les fichiers PDF). L'autre solution est le développement de formats de fichiers standardisés non-propriétaires (comme HTML, SGML, et XML); et la création de documents électroniques pour des utilisations spécifiques avec des formats spécialisés (par exemple, les articles électroniques spécialisés en physique utilisent TeX ou PostScript).

Contenu[modifier | modifier le code]

Le champ de la conception du document a été étudié par de nombreuses disciplines telles que l'analyse littéraire, la sémiologie, les sciences de l'information et de la communication. Dans ce contexte se posent des questions sur le texte, le signe, l'information et le document même; le document numérique propose une véritable révolution de la manière de penser le texte.

Les évolutions liées à la dématérialisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dématérialisation.
À l'origine, toutes les données figuraient sur des supports physiques (sur papier). Ensuite, les premières phases d'informatisation (grands systèmes) ont conduit à des documents électroniques internes aux entreprises. Les données de sortie finales étaient toujours sur papier, et les échanges de documents entre clients et fournisseurs se faisaient également sous cette forme.
Les technologies d'affichage sont aussi soumises au progrès ce qui permet, à l'égard de la consultation des documents à l'écran, d'assurer une bonne ergonomie et ce qui offre davantage de facilité pour leurs envois électroniques. En ce qui concerne l'industrie du papier, on gagne, incontestablement, de l'espace au niveau du stockage des copies imprimées. Cependant, l'utilisation massive de documents numériques n'empêche pas l'utilité et l’utilisation des documents papier. Paradoxalement, les nouvelles technologies de la communication ont contribué à accroître leur nombre étant donné que l’informatique engendre un besoin croissant d’impression[10].

Conservation[modifier | modifier le code]

Les catalogues électroniques à la BnF (Site Tolbiac).
Le document numérique en tant qu'ensemble d'unités de l'information est susceptible d'être codé et, par conséquent, permet la préservation à long terme. La possibilité de sauvegarde rapide et de conservation ergonomique des documents numériques facilite les pratiques de plusieurs institutions telles que les bibliothèques ou les musées. En revanche, une accumulation de documents numériques nécessite une gestion compétente des collections et des images supposées être numérisées. Qui plus est, ce progrès technologique engage les institutions à développer leurs réseaux internes et, par conséquent, à mettre en place des catalogues électroniques et des outils intranets.
Les procédures d'extraction du sens ou de langages documentaires destinés à décrire le contenu des documents ont été inventées afin de pallier les contraintes liées aux questions de volume des documents et à favoriser ainsi la recherche rapide des informations. La recherche sur Internet en est un exemple : les liens obtenus présentent des documents de sources variées. Toutefois, la rapidité d’accès pose quelques problèmes, comme ceux de l'identification de l'auteur et de la fiabilité des informations obtenues.
Le grand avantage du processus de stockage du document numérique consiste à pouvoir sauvegarder toute nature de son contenu (sons, textes, images). Néanmoins, si les technologies actuelles de numérisation ou d'enregistrement de documents assurent la pérennité aux supports de stockage, nous ne savons rien sur la pérennité des matériels et des logiciels qui permettent d'accéder à ces supports. Tant que les logiciels existent, il demeure possible d'avoir accès aux fichiers; néanmoins, si le logiciel disparaît, il y a possibilité qu'à long terme nous ne puissions plus avoir accès aux documents, car ils ne seront plus pris en charge.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] [archive]
  2. Benoît Habert, Construire ensemble des mémoires numériques durables : l'archivage numérique pérenne. In « Document numérique, entre permanence et mutations », Paris, Utopia, 2010, p. 5.
  3. L'article détaillé ici [archive]
  4. « Ted » Nelson, philosophe et autodidacte en informatique à l’Université de Harvard. Il est l’auteur des termes Hypertext, Linktext et Jumptext ou Zapwrite.
  5. Jean-Michel Salaün, Vu, Lu, Su. Les architectes de l'information face à l'oligopole du Web, La Découverte, Paris, 2012, p. 58
  6. a et b Cotte Dominique. Le concept de "document numérique". In: Communication et langages. no 140, 2e trimestre 2004, p. 31-41 [2] [archive]
  7. [3] [archive]
  8. Jacques Chaumier, Document et numérisation, Enjeux techniques, économiques, culturels et sociaux, Paris, ADBS éditions, 2006, p. 27.
  9. Juanals Brigitte. Introduction. In : Communication et langages. no 145, 3e trimestre 2005, p. 45.[4] [archive]
  10. Évolution de la consommation de papier [archive] - lepapier.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Dispositifs info-communicationnels questions de médiations documentaires, sous la dir. de Viviane Couzinet, Paris, Lavoisier, 2009.
Le « Document » à l’ère de la différenciation numérique, Actes du 14e Colloque international sur le Document Electronique, sous la dir. De Mostapha Bellafkih, Joël Gardes, Mohamed Ramdani, Khaldoun Zreik, Paris, Europia, 2012.
Les documents anciens, coordonnateurs de l'édition Jacques André, Marie-Anne Chabin, Paris, Hermès, 1999.
Accart Jean-Philippe, Rivier Alexis. Mémento de l’information numérique, Paris, Electre – Editions du Cercle de la Librairie, 2012.
Barbe Lionel. Wikipédia et Agoravox: des nouveaux modèles éditoriaux? In: "Document numérique et Société", actes de la Conférence organisée dans le cadre de la semaine du Document numérique à Fribourg (Suisse) les 20-21 septembre 2006 [5] [archive].
Chaumier Jacques. Document et numérisation Enjeux techniques, économiques, culturels et sociaux, ADBS éditions, 2006.
Dambreville Caro Stéphane. L’écriture des documents numériques approche ergonomique, Paris, Lavoisier, 2007.
Habert Benoît. Construire ensemble des mémoires numériques durables : l’archivage numérique pérenne. In « Document numérique entre permanence et mutations », Actes du 13e Colloque international sur le Document Électronique – Décembre 2010, INHA, Paris, pp. 5 – 24.
Juanals Brigitte. Introduction. In : Communication et langages. no 145, 3e trimestre 2005, p. 45. [6] [archive]
Lebert Marie-France. De l’imprimé à l’internet, Paris, éditions 00h00, 1999.
Merzeau Louise. Du signe à la trace : l’information sur mesure, Hermès no 59, Traçabilité et réseaux, 2009, p. 23-29. [7] [archive]
Pédauque T. Roger. Le document à la lumière du numérique, Caen, C&F éditions, 2006.
Rossi Christian. De la diffusion à la conservation des documents numériques, Cahiers GUTenberg, no 49, 2007, p. 47-61. [8] [archive]
 

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